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2018 : l’année où l’édition fait sa révolution technologique


Technologie : Musique, cinéma, télévision voient leur économie bousculée par Internet et la technologie. Dans le monde feutré de l’édition française, les choses évoluent également. Les acteurs traditionnels sauront-ils s’adapter à temps ?

Après la musique, le cinéma et la télévision, le secteur du livre fait sa révolution numérique. En douceur et sans que cela soit visible dans les librairies, qu’elle soit physique ou en ligne. Ainsi, Orange, Fnac et Kobo ont annoncé le 5 avril dernier une grande opération de promotion sur les livres audio où les abonnés mobiles d’Orange pourront du 17 mai au 31 janvier 2019 découvrir l’offre Kobo by Fnac et son livre audio mensuel gratuitement au lieu de souscrire un abonnement à 9,90 € par mois, pour contrer l’Audible d’Amazon.

 

Ces livres audio ne sont que le dernier avatar du livre : du papier au numérique simple, aux livres augmentés et à l’audio. Dans son ouvrage paru le 16 mars dernier, Livre numérique, état des lieux, perspectives et enjeux, Sébastien Célimon, ex-responsable du numérique aux Éditions Glénat, dresse un bilan chiffré de ce nouveau marché : « Le numérique en France en 2016, selon les chiffres collectés et agrégés par le SNE, représente 234 millions d’euros contre 180 millions d’euros en 2015, soit une croissance de 29,7 %. Ces chiffres ne prennent pas en compte les magazines numériques ni l’autoédition. Aujourd’hui, on n’a aucune idée du poids de celle-ci en France. En off, Amazon considère que c’est significatif dans son chiffre d’affaires. Le numérique est un cousin consanguin de l’édition qu’ils n’ont pas trop envie d’avoir autour de la table. »

Des plateformes de co-création avec les lecteurs

Côté numérique, les choses bougent. Des plateformes comme Wattpad, Fyctia ou Scribay, où les écrivains publient au fur et à mesure leur texte, fournissent des espaces de rencontre entre auteurs et lecteurs. Arcadie a choisi Wattpad pour sa série Game over parce que « Wattpad a 65 millions de lecteurs ce qui permet d’avoir beaucoup de lecteurs très vite. Le format est simple, gratuit et convivial.

Les lecteurs n’ont qu’à sélectionner un bout de texte et à mettre leurs commentaires. Ce qui permet d’être au plus près d’eux, sans devoir rester sous un format classique. Ma série est entre le script, le roman et la BD, mais les jeunes lecteurs ne sont pas contrariants pour ça. Je vais essayer de la proposer à des éditeurs, mais je passe beaucoup de temps à la corriger en m’aidant des commentaires des lecteurs. » Et Wattpad apporte de la visibilité à l’œuvre.

Pour Fredric Toutain : « Côté communication, j’ai fait passer l’information à quelques amis, puis la plateforme m’a amené des lecteurs totalement inconnus. La proximité avec mon public est essentielle à mes yeux. Et ça permet de corriger des erreurs, comme une cicatrice que j’avais décrite comme allant du front à la joue d’un personnage, en passant par son coude. » Si des éditeurs connus trouvent des plumes sur ces plateformes, d’autres y prennent l’idée de créer leurs propres sociétés.

"Je voulais aussi être éditée en papier"

Ainsi Caroline Sobczak a créé Plume du Web grâce à son expérience d’auteur sur Wattpad : « Mon livre a atteint les 500 000 vues. Livrebook, une maison d’édition numérique m’a contacté pour publier mon roman, mais j’ai vite fait marche arrière, parce que je voulais aussi être éditée en papier. Pourquoi ne pas monter ma petite maison d’édition pour tous ces auteurs qui galèrent ? » Celle-ci est lancée en décembre 2016.

 

Les outils ne manquent pas pour apprendre à formater un fichier Word en un PDF correct pour l’impression et en format epub ou mobi pour la vente numérique. Mais, selon Caroline Sobczak : « Se lancer dans l’édition seule c’est compliqué. Le côté commercial/marketing est compliqué. J’ai quelqu’un qui m’aide pour la communication : il faut être sur Facebook, Twitter, Instagram… Nous publions un livre tout les deux mois, car nous voulons pouvoir faire un livre de qualité. Nous allons avoir un distributeur, Bookondemand, avec un service d’impression à la demande. L’intérêt pour un petit éditeur est que tu n’investis rien, tu reverses juste une partie du prix fixé à chaque vente. »

Enrichir la lecture avec d’autres formats

Créer sa propre maison fut aussi le choix de Marc Frachet avec la société ACCI lancée en 2015 autour de son livre augmenté, Incarnatis. Celui-ci utilise des QR code au fil de ses pages pour lancer des sons ou vidéo complétant le texte du roman. Le lecteur peut soit utiliser l’application gratuite sous Android ou iOS pour accéder au contenu, soit lancer directement la page Web correspondante avec son smartphone. Pour Marc Frachet, « les collaborations sont positives.

Il y a un ping-pong artistique qui s’opère entre les personnes. Par exemple, j’ai écrit une scène, on fait l’illustration sonore, et au final en entendant la musique, j’ai réécrit la scène pour coller à la musique. Cela permet de développer une histoire parallèle à la trame principale. Il faut mieux apprivoiser cette forme d’écriture multimédia. Nous allons la faire évoluer, nous utilisons l’outil QR Code parce que tout le monde sait comment s’en servir. » Outre Incarnatis, ACCI compte lancer d’autres univers transmedia et est en pourparler avec d’autres auteurs.

Se saisir des possibilités de la réalité numérique

Ces nouvelles écritures sont mises en avant par l’Institut français avec son site, Futur Livre. Pour Agnès Alfandari, directrice du numérique : « Futurlivre, ce sont de nouvelles écritures où les auteurs se saisissent des possibilités de la réalité numérique pour raconter des histoires, en parallèle de la lecture classique.

L’Institut français s’occupe de la promotion de la culture française à l’international. Et la grande diversité d’écriture et d’expérience autour de ces livres peut potentiellement s’exporter. Notre site a aussi pour vocation que les professionnels s’identifient et se reconnaissent entre eux. » Pour lancer de nouvelles collaborations. Quitte à réaliser des œuvres comme Enterre-moi mon amour, à mi-chemin entre le livre interactif et le jeu vidéo.

Le numérique, pourvoyeur de fonds

Enfin, si la technologie peut aider un auteur à trouver ses lecteurs, ou l’inciter à utiliser de nouveaux moyens pour soutenir sa narration, elle peut aussi lui offrir du financement. Pour les petits et moyens acteurs du secteur, cela se fait généralement par une campagne de crowdfunding, comme celle récemment achevée sur Ulule par les éditions Memnos pour une réédition complète des œuvres de H.P.Lovecraft.

Non seulement le projet a été intégralement financé, mais il a généré une campagne de communication autour de lui en retenant l’intérêt des lecteurs et blogueurs à peu de frais. Ou pour les plus gros, ce sont de nouveaux entrants qui vont prendre la place des éditeurs traditionnels. Ainsi, Netflix a mis la main sur Millarworld et l’ensemble des titres écrits par Mark Millar (Kick Ass, Kingsman).

Dans un premier temps, le service de VOD distribuera les comics issus de ce rachat via l’éditeur Image. Mais pour Sébastien Célimon, les acteurs traditionnels devraient se méfier : « Netflix ne va pas chercher un auteur de comics, elle va chercher un auteur. Du coup, d’autres auteurs peuvent se tourner vers des tiers qui ne sont pas éditeurs, mais qui peuvent leur donner la visibilité. Tu as une idée qui te coute 30 000 € à la base, le prix d’un livre, et qui te rapporte le chiffre d’affaires d’un blockbuster à succès.

Pour moi, le vrai péril du numérique est qu’il attire l’attention d’acteurs qui sont sans commune mesure avec les maisons d’édition. En Europe et en France en particulier, nous n’avons pas de géant capable de lutter avec les GAFAM au point de vue du contenu. Or les éditeurs préfèrent être le roi d’un petit royaume que le vassal d’un empire. Rien n’empêche un gros d’arriver en Europe et de racheter une maison d’édition. Car aujourd’hui les grands conglomérats sont préoccupés par les contenus. La bataille a commencé aux États-Unis. » Et demain, en Europe ?

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5 réponses
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  • Les éditeurs français persistent à vouloir pourrir les ebooks de DRM...
  • 
  • Petite bonne nouvelle, on devrait voir des livre au format ePub avec DRM :
    * lisible quelque soit le lecteur ePub (Android, GNU/Linux, Mac, etc)
    * revente, transfert... possible
    * on est propriétaire du fichier.
      
    • Genre le mec qui se dit anti microsoft ou anti apple mais qui se déclare pro-DRM

      Continue de nous éclairer de ta science, triple-zéro, on sent que tu maîtrises à fond tous tes sujets.
    • 
    • Et donc, quel est l'effet concret des DRM ?
  • 
  • Amusant !
    cfreund est transformé en Rantanplan, le chien le plus bête de l'ouest !
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