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Réguler Facebook ? Bien sûr… enfin peut-être, ou pas


Politique : Le PDG de Facebook a été entendu pendant cinq heures par le Congrès américain. Mark Zuckerberg se dit ouvert à une régulation de la plateforme, mais à une condition : qu’elle soit bonne. Mais pour qui ?

 

Facebook sera-t-il régulé par la loi ?

Le PDG Mark Zuckerberg a ouvert la porte mardi à cette éventualité, déclarant au Congrès qu'il serait favorable à la réglementation, si c'est la bonne réglementation.

Le multimilliardaire de 33 ans témoignait mardi 10 avril lors d'une audience conjointe du Comité judiciaire et du Comité du commerce du Sénat. Aujourd'hui 11 avril, il comparaîtra devant le Comité de l'énergie et du commerce de la Chambre.

"Les annonceurs et les développeurs n'auront jamais la priorité"

La présence de Zuckerberg au Capitole marque l'un des plus importants mea culpa d’une entreprise du secteur technologique. Cette audition intervient à l’heure du plus grand scandale visant le réseau social depuis sa création il y a 14 ans.

Mark Zuckerberg s’efforce de rassurer les législateurs, les investisseurs, les annonceurs - sans parler des 2,2 milliards d'utilisateurs de Facebook – sur la capacité du service en ligne à assurer la confidentialité des données qu’il héberge et exploite.

"Ma priorité absolue a toujours été notre mission sociale consistant à connecter les individus, à bâtir une communauté et à rapprocher le monde" a déclaré Zuckerberg lundi en introduction. "Les annonceurs et les développeurs n'auront jamais la priorité sur cela aussi longtemps que je dirigerai Facebook."

Rarement une audition devant le Congrès n’a revêtu une telle importance que le témoignage de Zuckerberg. La firme est impliquée dans un scandale de données à l’ampleur internationale et susceptible d’avoir influencé des élections. Le sénateur du Dakota du Sud, John Thune, a rappelé l'importance accrue du témoignage au début de l'audience.

"Le monde écoute" a-t-il déclaré au PDG de Facebook.

Zuckerberg a admis que son entreprise avait commis des erreurs, déclarant aux sénateurs que le réseau social "traverse un changement philosophique plus large." Les règles de Facebook ont jusqu'à présent principalement évolué en réaction à des évènements, contraignant les utilisateurs à se plaindre du contenu ou des messages sur le réseau social, a-t-il reconnu à plusieurs reprises. Cela, a affirmé Zuckerberg, doit changer.

RGPD pour tous ? Facebook esquive

Un grand nombre de sénateurs se sont penchés sur le dernier scandale dans lequel le cabinet de conseil Cambridge Analytica a obtenu 87 millions de profils d'utilisateurs, permettant l'ingérence de la Russie dans l'élection présidentielle américaine de 2016. Le sénateur Vermont Patrick Leahy a d’ailleurs souhaité savoir si Facebook avait été assigné par le procureur spécial Robert Mueller conduisant l’enquête sur l'ingérence russe.

Mark Zuckerberg a confirmé que Facebook travaillait avec le procureur, même si lui-même n’a pas été entendu.

Les sénateurs ont également interrogé le dirigeant sur la manière dont les données des utilisateurs sont utilisées, en particulier pour la publicité. "Les annonceurs nous disent qui ils veulent atteindre et nous faisons le placement" a-t-il répondu. "Nous ne vendons pas de données aux annonceurs."

Sans surprise, les élus américains ont sondé Zuckerberg sur sa position à l’égard de la régulation, et en particulier sur la question de savoir s'il accepterait un système standard d’opt-in pour le consentement des utilisateurs similaire au Règlement européen sur la protection des données qui entrera en vigueur le mois prochain. Zuckerberg s’est déclaré d’accord sur "le principe", mais n'a pas pris d’engagement ferme, estimant que "les détails comptent."

"Votre contrat utilisateur est nul"

L’audition a été marquée par des lenteurs à différents moments en raison des clarifications nécessaires à apporter au jargon technique et jargon juridique employé par le dirigeant. Mais le sénateur de la Louisiane, John Kennedy, a interrompu le monologue de Zuckerberg pour commenter sans équivoque les conditions de service de Facebook : "Votre contrat utilisateur est nul" a-t-il lancé en riant, estimant que sa seule utilité était de permettre à Facebook de couvrir ses arrières. Le sénateur a suggéré à Facebook de réécrire ses conditions d’utilisation pour l’utilisateur moyen.

Le témoignage intervient après que Facebook ait reconnu l’ampleur du scandale Cambridge Analytica, impliquant le partage des données de 87 millions d'utilisateurs sans leur permission. Facebook n’a confirmé les faits qu’une fois l’information révélée par un lanceur d’alerte au New York Times et au Guardian.

La firme avait été informée des faits en 2015, mais n’a communiqué que contrainte. L’affaire met en lumière l’incapacité de l’entreprise à contrôler les données de ses utilisateurs et son manque de transparence, soulevant la question fondamentale de la confiance à l’égard du plus grand réseau social au monde. Facebook est un service gratuit dont les recettes proviennent de l’exploitation des données personnelles de ses utilisateurs. En 2017, l'entreprise a enregistré plus de 40 milliards de dollars de ventes.

"Il est clair à présent que nous n'avons pas fait suffisamment pour empêcher que ces outils ne soient utilisés pour le mal" s’est excusé Zuckerberg lors de son témoignage. "Cela vaut pour les fausses informations, les interférences étrangères dans les élections et les discours de haine, ainsi que pour les développeurs et la confidentialité des données."

Dans la fosse aux lions

Selon les experts en relations publiques et politiques, Zuckerberg doit présenter des excuses convaincantes à Washington. Il a également besoin de rassurer les législateurs, qui seront tentés d'utiliser l'événement comme une tribune.

Zuckerberg a commencé à promettre de résoudre les problèmes de "confidentialité, sécurité et démocratie" posés par l’entreprise. Facebook a fait évoluer ses règles en matière de publicité et de données. Il a par exemple mis fin à ses relations commerciales avec des fournisseurs de données tiers, tels qu'Acxiom et Experian, pour aider les spécialistes du marketing à cibler les publicités sur les utilisateurs de Facebook. Il a également banni d'autres entreprises d'analyse de données, y compris AggregateIQ et CubeYou, accusées d'avoir exploité abusivement les données disponibles sur son service.

La plateforme limitera également les données qu'elle partage avec les développeurs externes. Facebook approuvera désormais toutes les applications demandant l'accès à certaines informations comme les J'aime, les photos, les messages, les vidéos, événements et groupes.

Facebook s’engage aussi à verrouiller sa fonctionnalité "Connexion", un outil de connexion pour les applications utilisé dans le scandale Cambridge Analytica pour collecter les données. Les applications ne seront en outre plus en mesure de demander des informations personnelles, telles que l'appartenance religieuse, les opinions politiques, le statut relationnel, le parcours scolaire et l'historique professionnel.

Au nom de la protection de la vie privée, Facebook déclarait aussi la semaine dernière qu'il désactivait une fonctionnalité permettant aux utilisateurs de rechercher des profils d'autres utilisateurs à l'aide de numéros de téléphone ou d'adresses email.

L’audition de Mark Zuckerberg devant le Congrès et les promesses faites par Facebook permettront-elles de restaurer la confiance des utilisateurs ? La réponse semble négative pour le moment. Dans un sondage réalisé par CBS News, les répondants considèrent largement la réponse de l'entreprise au scandale comme inacceptable. Ils expriment en outre leur doute quant à la capacité de Facebook à les protéger à l'avenir.

Article "Zuck to Congress: I welcome regulation -- if it's the right regulation" traduit et adapté par Christophe Auffray, caiaibo.com

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